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Cette expérience m’attire… et en même temps, j’ai peur

Photo du rédacteur: Daniel Warnier
Daniel Warnier
il y a 6 jours
7 min de lecture

Il m’arrive de recevoir des messages de personnes qui me disent qu’elles suivent ce que je propose depuis plusieurs mois, parfois plus longtemps encore. Elles lisent les témoignages, regardent mes publications, reviennent sur mon site, sentent qu’il y a quelque chose dans cette expérience qui les appelle.

Et en même temps, elles ont peur.

Face à cela, mon premier mouvement a pu être de rassurer. D’expliquer le cadre, de parler de ma manière de travailler, du consentement, de tout ce que je mets en place pour que la personne puisse se sentir en sécurité.

Tout cela est important, bien sûr.

Mais je n'ai pas envie de chercher à faire disparaître cette peur.

Parce qu’elle a peut-être quelque chose à dire.

Et parce que je ne pense pas que quelqu’un ait besoin de vaincre sa peur pour venir me rencontrer.


Quand l’envie et la peur sont là en même temps

Une personne m’a écrit après son massage :

« Tout d'abord, j'ai eu peur, je me suis demandé pour quelle raison avoir choisi ce massage/voyage, quel était donc cet élan profond en moi.

L'écoute profonde et bienveillante de Daniel m'a permis de me déposer, de partager ce qui était présent en ce moment. »

— Anonyme


J’aime beaucoup cette manière de le dire parce qu’il n’y a pas forcément une réponse claire.

Il y a un élan.

Et il y a une peur.

On pourrait être tenté de penser que l’un des deux mouvements est juste et que l’autre devrait disparaître. Que si j’ai vraiment envie d’y aller, je ne devrais plus avoir peur. Ou à l’inverse que, puisque j’ai peur, cette peur signifie forcément que je ne dois pas y aller.

Je ne crois pas que ce soit toujours aussi simple.

Il m’arrive moi-même de ressentir des mouvements contradictoires dans ma vie. Avoir profondément envie de quelque chose et sentir en même temps une partie de moi qui hésite, qui observe, qui voudrait être certaine avant d’avancer.

Et finalement, ça ne me surprend pas que ces deux mouvements puissent être présents lorsqu’on envisage une expérience comme Éternité.

On ne parle pas seulement de réserver un massage d’une heure dans un institut.

On parle d’une rencontre longue, avec quelqu’un que l’on connaît peu ou pas. D’un espace dans lequel le corps peut être proche de celui d’un homme. D’un temps pendant lequel peuvent apparaître de la vulnérabilité, des émotions, du désir, des résistances, de l’inconfort ou simplement beaucoup de calme.

Je trouverais presque étrange de considérer que tout cela devrait pouvoir être envisagé sans aucune question.


Je ne pense pas qu’il faille me faire confiance d’avance

C’est probablement quelque chose qui a changé dans ma façon de penser ma pratique.

Je peux expliquer mon cadre.

Je peux raconter mon parcours.

Je peux dire ce que j’essaie de faire, ce que je ne fais pas, parler du consentement, de mes limites, de la non-sexualité de l’espace que je propose.

Il y a aujourd’hui beaucoup de témoignages accessibles sur mon site, certains très longs, écrits par des femmes et des hommes qui racontent leur expérience avec leurs propres mots.

Tout cela peut donner des repères.

Mais je ne pense pas que cela puisse constituer une preuve.

Un site internet reste un site internet. Des mots restent des mots. Des témoignages racontent l’expérience d’autres personnes.

Je trouve donc légitime que quelqu’un qui ne me connaît pas ne m’accorde pas immédiatement sa confiance.

Isa raconte quelque chose de son propre cheminement avant notre rencontre :

« Des peurs s'étaient aussi dissoutes au fur et à mesure que je lisais des témoignages sur le « massage Éternité », et que je découvrais ton évolution et comment se déroulait une séance. »

— Isa


Je trouve intéressant qu’elle dise que certaines peurs s’étaient dissoutes.

Pas qu’elle avait décidé de ne plus avoir peur.

Elle avait lu, observé, découvert ma manière de travailler. Elle m’avait également rencontré auparavant dans un autre contexte. Quelque chose avait eu le temps de se construire.

Pour d’autres personnes, ce chemin prend une autre forme.

Séverine m’avait contacté plusieurs mois avant que nous nous rencontrions :

« Ma démarche a commencée lorsque je t'ai envoyé ce premier message. Quelques mois plus tard c'est la gorge serrée et les larmes aux yeux que je t'ai ouvert ma porte.

De quoi avais-je peur? Je n'ai pas la réponse.

Sûrement pas de toi : ta présence, ton calme, ta voix m'ont rapidement mis en confiance. »

— Séverine


Ce « je n’ai pas la réponse » me touche particulièrement.

Parce que parfois, on ressent une peur sans pouvoir immédiatement l’expliquer.

Et peut-être qu’il faut simplement du temps avant de savoir ce que l’on souhaite en faire.


La place que j’occupe n’est pas neutre

Il y a aussi une réalité que je crois importante de ne pas contourner : la relation entre un praticien et la personne qui reçoit n’est pas complètement symétrique.

C’est moi qui connais le cadre.

C’est moi qui ai l’habitude de cette expérience.

C’est moi qui vais toucher, parfois proposer un mouvement ou une autre position, et demander si cela lui convient.

En face, la personne peut être dévêtue, les yeux fermés, allongée, ne pas savoir exactement ce qui va venir ensuite.

Elle peut aussi m’avoir découvert à travers des textes dans lesquels je parle de ma pratique, avoir lu des témoignages très forts, avoir peut-être déjà construit une certaine représentation de moi avant même notre rencontre.

Tout cela crée une responsabilité particulière de mon côté.

Cela ne signifie pas que la personne qui reçoit devient passive.

Au contraire, j’aimerais qu’elle puisse rester profondément actrice de ce qu’elle vit.

Dire oui.

Dire non.

Dire « je ne sais pas ».

Garder un vêtement.

Changer d’avis.

Demander un plaid parce qu’elle a froid.

Ouvrir les yeux parce qu’elle a besoin de comprendre où je suis.

Me demander d’arrêter.

Ou simplement sentir qu’elle n’a plus envie de poursuivre une proposition qui lui convenait quelques minutes auparavant.

Le consentement, pour moi, n’est pas quelque chose que l’on obtient au début d’une séance et qui serait ensuite acquis jusqu’à la fin.

Il continue d’exister pendant toute la rencontre.

Et ma responsabilité est aussi d’être attentif à ce qui ne se dit pas toujours facilement, sans pour autant croire que je peux savoir à la place de la personne ce qu’elle ressent.


La peur n’a pas besoin de disparaître pour que l’expérience soit juste

Je crois que c’est également un piège assez fréquent autour du massage et de certaines pratiques corporelles : faire du « lâcher-prise » une sorte de réussite.

Comme si une bonne séance était une séance durant laquelle le mental disparaît, le corps s’abandonne complètement et plus aucune résistance n’existe.

Ce n’est pas ma vision.

Valérie raconte quelque chose de beaucoup plus nuancé :

« Une partie de moi a trouvé ça très naturel et agréable d’être nue, en mouvement et touchée en présence et sans intention. Mon corps avait de la fluidité et je me suis sentie en joie et de pouvoir m’abandonner (en partie) à cette expérience. En même temps, j’ai ressenti des tensions et résistances profondes qui venaient d’une peur viscérale qui semble être logée en permanence dans tout mon corps et qui a constamment besoin d’hypervigilance et de contrôle pour se protéger : cette partie de moi n’était pas capable de se laisser aller complètement. Cela était intriguant de faire l’expérience de ces deux états, apparemment opposés, en même temps. Il y avait aussi le mental qui évaluait ces expériences en arrière-plan. Il était très content et fier de cette fluidité et aisance et espérait obtenir une reconnaissance extérieure. Il était aussi frustré de ne pas pouvoir surmonter cette peur et résistance. »

— Valérie


J’aurais pu ne garder de son témoignage que la fluidité, la joie ou la sécurité qu’elle raconte par ailleurs.

Mais ce serait enlever quelque chose d’essentiel à son expérience.

Une partie d’elle pouvait recevoir.

Une autre restait vigilante.

Les deux existaient.

Et je crois qu’il y a quelque chose d’important pour moi à ne pas considérer cette vigilance comme un échec ou comme quelque chose qu’il faudrait nécessairement dépasser.


L’entretien avant le toucher

C’est une des raisons pour lesquelles je donne autant de place au temps qui précède le massage.

Je ne considère pas cet entretien comme une formalité avant de commencer « la vraie séance ».

La rencontre a déjà commencé.

Je veux entendre ce qui amène la personne, ce qu’elle imagine de cette expérience, ce qu’elle aimerait peut-être vivre, mais aussi ce qu’elle ne souhaite pas.

Et parfois aussi ce qu’elle ne sait pas encore.

Je parle du cadre, évidemment.

Mais je crois surtout que ce temps permet au toucher de venir naturellement dans la continuité de la rencontre.

Il me permet aussi, à moi, de sentir comment nous sommes ensemble.

Je ne crois pas qu’un massage doive avoir lieu simplement parce qu’un rendez-vous a été pris.

Un oui donné quelques semaines auparavant peut devenir un non le jour même.

Ou un « je ne sais plus ».

Et cela me paraît recevable.


Si tu as envie et que tu as peur

Je ne sais pas ce que ta peur veut dire.

Et je serais assez mal placé pour te l’expliquer à ta place.

Elle peut aussi n’avoir aucune explication claire.

Ce que je peux faire, de mon côté, c’est essayer de ne pas utiliser ma place pour la faire taire.

Répondre aux questions.

Dire ce que je fais réellement.

Ne pas promettre ce que je ne peux pas garantir.

Laisser du temps.

Et si nous nous rencontrons, continuer à considérer que ton accord peut évoluer à chaque instant.

Il est possible qu’après avoir lu ces lignes, l’envie soit toujours là.

Il est possible aussi que la peur soit toujours là.

Et peut-être que ce ne soit tout simplement pas encore le moment.

Je n’ai pas besoin que quelqu’un dépasse une peur pour venir vivre Éternité.

Ce qui m’importe davantage, c’est que si cette rencontre a lieu, elle puisse commencer avec suffisamment de liberté pour que la personne n’ait rien à réussir, rien à prouver, et qu’elle puisse rester au plus près d’elle-même.

 
 
 

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