Ce qui nous traverse — La liberté intérieure du praticien
- Daniel Warnier
- 17 août
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 7 jours
Au fil des années, je me rends compte que le véritable travail d’un praticien n’est pas seulement d’apprendre à accueillir ce qui traverse la personne qu’il accompagne.
C’est aussi d’apprendre à ne pas être gouverné par ce que cette rencontre éveille en lui.
Le désir en est un exemple.
Mais il pourrait tout aussi bien s’agir des larmes, de la colère, de la peur, de l’attachement, du besoin d’être rassuré ou de notre envie de sauver l’autre.
Tout cela peut apparaître dans une rencontre.
Chez la personne. Chez le praticien. Et parfois dans l’espace qui se crée entre eux.
La question n’est pas de savoir si cela devrait exister.
Cela existe.
La véritable question est :
Que faisons-nous de ce qui apparaît ?
Accueillir sans utiliser
Cherchons-nous à amplifier ce qui se manifeste ?
À le faire disparaître ?
À le contrôler ?
À nous en protéger ?
Ou nous en servons-nous, parfois inconsciemment, pour nous sentir reconnus, désirés, utiles ou indispensables ?
Je crois que la qualité d’un accompagnement dépend beaucoup moins de ce qui traverse une personne que de la liberté intérieure de celui qui l’accompagne.
Cette liberté ne consiste pas à ne rien ressentir.
Elle consiste à pouvoir sentir sans faire porter à l’autre la responsabilité de ce que nous ressentons.
Le corps perçoit notre posture
Le corps perçoit cette liberté bien avant de pouvoir la comprendre.
Lorsque le praticien attend un résultat, le corps le sent.
Lorsqu’il a peur de certaines émotions, le corps le sent.
Lorsqu’il cherche à être apprécié, reconnu ou indispensable, le corps le sent également.
À l’inverse, lorsque le praticien n’a plus besoin que quelque chose arrive, une autre qualité de relation devient possible.
La personne n’a plus à répondre à une attente.
Elle peut simplement être.
Voir un être humain cesser progressivement de surveiller ce qu’il montre est probablement ce qui me touche le plus dans cette pratique.
Ne plus avoir besoin de retenir ses larmes. De dissimuler son désir. De paraître fort. De devenir quelqu’un d’autre pour être accueilli.
Je ne crois pas que cela vienne principalement d’une technique.
Je crois que cela naît de la qualité de la relation que nous construisons.
Présence ne signifie pas passivité
Ne pas chercher à diriger ce qui apparaît ne signifie pas que le praticien ne fait rien.
Il reste responsable du cadre.
Il peut avoir à ralentir un mouvement, poser une question, vérifier un consentement ou nommer une limite.
Sa non-intention n’est pas une absence de discernement.
Elle est la capacité de ne pas utiliser ce qui apparaît pour satisfaire ses propres besoins, tout en restant pleinement engagé dans la rencontre.
Cette qualité de relation commence bien avant le premier geste.
Dans la manière de rencontrer la personne. Dans la manière de la regarder. De l’écouter. De respecter son rythme. De rester soi-même sans cesser d’être avec elle.

Finalement, je ne crois pas que ce soit seulement le massage qui transforme.
C’est peut-être l’expérience de pouvoir être profondément en relation avec quelqu’un sans avoir besoin de se quitter soi-même.
Et si j’ouvre aujourd’hui des espaces de recherche à d’autres praticiens, ce n’est pas d’abord pour leur apprendre une manière de masser.
C’est pour explorer avec eux cette liberté intérieure et cette qualité de présence.
Parce qu’elles changent le geste.
Mais surtout parce qu’elles changent la relation.
— Daniel



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