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Paroles reçues

Linda

Premier Rituel Éternité

Le parfum de rose est encore sur ma peau
Pour me prouver que l'instant a bien eu lieu

Aujourd'hui, je me suis offert l'immense privilège
De faire corps à corps avec un homme
J'ai envie d'écrire cœur à cœur
Pour renouer avec le masculin
Mais surtout et avant tout
Me réconcilier avec celle que je suis
-- FEMME --

J'avoue, j'ai hésité longtemps
A tourner le dos définitivement
A la moitié du globe dotée d'un phallus
Les laisser se dépatouiller tous seuls bien comme des grands
Avec
Leur déni (de blessures, d'émotions, de vulnérabilité et globalement de tout ce qui nous rend un peu "humains" je crois)

Leur volonté de pouvoir (ai-je encore besoin de détailler cette parenthèse ?)

Leur amour sous condition (je t'aime lorsque tu es ma mère / mon infirmière / ma soubrette / ma chienne / mon ombre)

Leur absence d'autodérision (# ma bite, c'est du sérieux)

Leur inceste, leur viol, leur violence, leur politique, leur mafia, leur armes, leurs prisons, leurs guerres, leur sang, leur haine

Devenir lesbienne était plutôt alléchant
Parce que je ne me suis jamais marrée autant qu'avec mes copines
Avec qui je n'ai pas besoin de faire semblant
Avec qui je me sens libre d'être sincère, drôle, sauvage, en somme MOI sans craindre une montée de colère, un jugement ou un rapport de compétition
Parce qu'elles n'ont jamais peur de "ne pas être à la hauteur"
Parce qu'elles sont naturellement à la hauteur vu qu'il n'y a pas de hauteur entre nous
Parce que je les trouve incroyables et belles, TOUTES
En creux et en bosses
Avec leurs courbes et leurs plis
Leur grâce et leur force

Balayer d'un revers de main les hommes aurait été ma solution rêvée (comprendre facile)
Une terre de femmes, une communauté Queer
Un petit couvent libertine

Pliée, on n'en parle plus
Elles vécurent enfantes et firent beaucoup d'heureuses

Malheureusement pour moi
Le sort en a décidé autrement
La sentence est irrévocable
Les fées du clito se sont penchées sur mon berceau
Misère, misère : JE SUIS HETERO
Et j'ai beau essayé de toutes mes forces
Fantasmer sur une paire de ciseaux
C'est plus fort que moi
Je n'arrive pas à conditionner mes pulsions
Pour leur donner une inflexion politique
Ce qui m'a donc conduite il y a quelques mois
A être à bout de mon corps
Rendu cadavre
Par le viol
L'emprise
Les épisodes successifs de violences
Le travail à petit feu pour me faire douter de moi
Le conditionnement à être une gentille petite qui ne fait pas de vague (en hydrologie, on appelle ça un "bras mort")

En gros le lot de toute femme sur cette planète aujourd'hui
Et encore, je suis blanche, française dans un pays dit "libre" et "démocratique"
Donc je reste dans le haut du panier de la "chance au tirage" comme on dit au PMU (chez Papa MascU)

Grâce à mon mauvais sort donc,
A savoir : devoir conjuguer avec zob zob
Zobis les moches
J'en suis ainsi venue petit à petit
A devenir un véritable moine shaolin
De la désidentification
Je m'explique
Dès qu'un homme me touchait
Avec l'intention de déguster la formule classique PPO
Préliminaires-Pénétration-Orgasme
(Hommage à Claire Mo pour cette brillante trouvaille)
Dès qu'un homme me touchait donc
Dans l'intention première de satisfaire son propre plaisir
Ou d'avaliser sa toute puissance
Moi pendant ce temps là
Je tournais la manivelle
Et je m'envolais ailleurs
Au pays de Candy et de la dissociation
Où l'on s'amuse on pleure on rit
Il y a des méchants et des kikis

Là-bas,
Il m'arrivait de fantasmer sur des gestes tendres
Des histoires qui feraient les choux gras du magazine Nous Deux tellement elles étaient cucul la praline
Deux mains qui s'effleurent et rien d'autre
Deux souffles qui s'emmêlent dans le bleu azur
Bon, bien sûr, tout ça n'est arrivé que dans mes rêves
Parce qu'aussi je n'étais au fond pas prête à accueillir cette sensibilité
Cherchant dans la violence un goût de déjà-vu sécurisant
Au pays de Candissociation, l'ennui aidant,
Pendant qu'on finissait de s'exciter sur ma dépouille
J'en profitais aussi souvent pour compléter mes to-do-list du moment
Penser à racheter des yaourts vanille
Sortir la poubelle jaune
Devenir lesbienne
Devenir lesbienne
Devenir lesbienne
Bref, j'attendais que ça passe
Quand on me demandait si c'était bien
Si on me le demandait
Je répondais que je devais aller sortir la poubelle jaune
Voilà voilà
J'ai donc attendu
Attendu
(Mais il n'est jamais venu zaï zaï zaï zaï)
Non, en fait, je n'ai plus rien attendu
J'ai surtout laissé passer le temps

Pour me retrouver il y a donc quelques mois
Vide de tout désir pour les hommes
Comme une adolescente vierge
La peau ferme et l'hymen en moins
Avec la sensation comme quand j'étais enfant, avec mes sweats Waikiki fluos et mon seul centre d'intérêt : donner le biberon aux agneaux
Cette naïveté si fragile
Que "ça" n'existait pas
"ça" : L'hétérosexualité dominatrice et destructrice qui à ce jour encore fait norme
Au printemps dernier,
A bout de forces
"ça"
N'a donc de nouveau plus existé
Enfin surtout ce coup-ci
La naïveté s'est transformée en décision
Le lien aux hommes moulés à la louche du patriarcat
Je n'en ai plus voulu
Et clairement : je n'en veux plus
Je suis vierge ascendant vierge
Je passe ma vie avec les abeilles
Foutez moi la paix avec vos dards conquérants
Merci, au revoir
J'ai donc tourné le dos aux hommes
TOUS les hommes

Bon, cette zone de confort-là a duré un petit temps
De mars jusqu'à la fin août on va dire
Franchement c'était reposant
Pour Ovidie l'ancienne actrice porno ça a même duré 4 ans
Le pied total, les grandes vacances
Passer dans la rue sans se soucier des jeux de séduction
Sans prêter attention à rien sauf à ses propres sensations
Ne plus s'intéresser qu'à ce truc-là : SENTIR SON CORPS
Comme quand j'avais 12 ans et que j'ai découvert la masturbation pour la première fois puis l'orgasme
Il n'était pas question de partage à l'époque
Ni même d'attente d'un autre pour me délivrer
Je ressentais pour moi
Je me faisais plaisir
Entre deux sauts à l'élastique, un malabar Bi-goût et une partie de cache cache
C'était moi et mon corps et mes sens et mon plaisir
Cette adolescente-là
La petite vierge effrontée m'accompagne donc depuis 6 mois
Avec elle,
J'ai adoré re-développer mon odorat
Glaner les parfums ambiants, ne pas louper une occasion de planter mon nez dans les pistils des fleurs
(est-ce un viol de butiner ?)
Me délecter de tous les légumes, fruits, fromages, vins, délices qui frôlaient aussi mes papilles, tournaient dans ma bouche, entraient dans mon gosier
Tomber bras en croix de certains repas préparés avec amour
Et aussi en prendre plein les mirettes de beau, de lumières, de petits riens qui font monter les larmes comme des gouttelettes d'eau capturées dans une toile d'araignée, une pluie de feuilles d'érable en confettis sacrés
Sentir, goûter, voir puis entendre
Yeux fermés, se délecter du ronron d'une vache qui coupe l'herbe avec ses dents, dans la nuit frémir à chaque hululement de la chouette en forêt, la chair de poule au chant d'une rivière
Pour le toucher enfin, peut être le meilleur, je me suis offert le luxe de marcher pieds nus le plus souvent possible. Dans la mousse, dans des lacs en montagne, sur des galets, du sable

J'ai passé ma main partout où la loi me l'autorisait

Balance tes pores là ils ont envie de dévorer le monde

La vierge en moi a donc préparé le terrain
Pour que mon corps ressente à nouveau la joie de rentrer en connexion avec le vivant
Animal, végétal, minéral
Air, feu, eau, terre
Ne restait plus qu'à retrouver le chemin vers "l'autre"
Celui de mon espèce
Humain
En l'occurrence homme
Malédiction oblige
Je n'ai rien forcé
Mais l'évidence s'est présentée à moi

Un jour, j'ai découvert un homme qui proposait de masser
Sans intention autre que celle du toucher
Et de l'éveil des sens

Bon à ce stade de mon texte je dois préciser
Que je ne raconte pas cela pour déballer ma vie
Plutôt pour partager
Et qui sait peut être
Aider d'autres que moi
Mes sœurs
A cheminer sur leur propre route
Cette route vers la réappropriation de soi présente souvent des lacets comme une petite ascension en montagne
ça serait trop facile si c'était l'auroroute Vinci avec Magnum Chocolat Amandes à la sortie 14, non ?
Encore que ça peut l'être
A chacune de trouver sa voie
La mienne en tout cas a nécessité de sortir en premier de ma fameuse zone de confort
Car l'homme en question à qui j'ai confié mon corps était tout d'abord beau
Au dedans et au dehors
Et disons que ça change
Parce qu'avec ma paralysie de naissance, je ne me suis jamais vraiment accordée la possibilité de choisir cette beauté parmi mes amants
Je veux dire les deux à la fois (# coucou mes exs !)
Premier lacet de la montagne :
La beauté chez les autres et en moi
Aujourd'hui, je la choisis
L'homme en question demandait également de l'argent pour sa prestation
Normal, me direz-vous
Mais une somme non-négligeable pour moi
Genre "mais c'est de la folie, tu pourrais t'acheter un Magimix avec cette somme et il te servirait toute ta vie !"
Il a fallu que je trouve cet argent en activant le mode "abondance"
J'ai travaillé sur plusieurs missions
Je me suis donnée les moyens pour m'offrir ce cadeau
Et en miroir j'y ai découvert
Ma valeur
Troisième virage
L'homme en question n'avait pas de lieu pour recevoir
Il a fallu que j'en trouve un alors que je vis chez mes parents en ce moment
J'ai donc dû exprimer que j'avais besoin d'aide
A mes amies si précieuses. A mon amie toujours là (merci toi).
J'ai appris à demander
Et j'ai reçu sans contrepartie
Juste pour qui je suis
Plaisir d'offrir, joie de recevoir
C'est écrit sur les paquets cadeaux
Et cette harmonie est un trésor
Allez on continue de monter
L'homme en question laisse le choix d'être nue. Ou pas.
Le choix de démarrer face à face. Ou pas.
De caresser telle partie du corps. Ou pas.
En résumé
L'homme en question laisse le choix
Et nous, femmes, sommes si peu habituées à le saisir
(le choix, pas l'homme)
Toujours camouflée sous notre âme de caméléon
A se plier aux autres, à servir, à répondre aux injonctions
A se sacrifier pour le clan ou la cause
Que nous ne savons plus ce qui est bon ou pas pour soi
Là où commence le plaisir et où s'arrête l'inconfort
Surtout quand on a passé sa vie dissociée
A faire des listes de courses au lieu d'écouter les messages du dedans (cystite après chaque pénétration ou presque, plexus serré, dos vouté)
Ce choix fait à mon corps
Dans ses bras
Je l'ai saisi à pleines mains
En slip lui et moi
Et face à face
Égalité, balle au centre
Bon alors nous voilà au sommet
Et au sommet
L'homme en question prend son temps
Écoute, effleure, s'adapte sans juger
Loin, loin de toute sexualité
Du bout des doigts
Au creux des lèvres
Depuis le fond du cœur
Il permet de découvrir à 45 ans ce que veut enfin dire
-- FAIRE L'AMOUR --
Dans cet espace de confiance
Où aucun geste n'ira réveiller
L'enfant blessée
L'adolescente violée
L'adulte dominée
Faire l'amour pour
Révéler à la femme que je suis
Ma délicatesse
Ma douceur
Mon élan de vie
Et faire enfin honneur à mon corps
Le temps est passé à la vitesse d'un frôlement
Et pourtant mon cadeau a duré plus de quatre heures
Dans cette parenthèse de sensations
Je me suis tout simplement déposée dans tes bras
Toi, l'homme au parfum de rose
Et j'ai ressenti pour la première fois peut être
Ce que pouvait être le masculin soutenant
Ce socle terrestre
Fragile, faillible autant que solide
Qui transcende la violence en flux de vie
Qui se présente sans intention et sans attente
Avec la seule volonté de se mettre au service du féminin
Pour le célébrer, le magnifier
Permettre de me - de nous - révéler enfin
Créatives, instinctives, animales, sauvages
Merci infiniment pour tout ça
Daniel Warnier
Bon ok,
On dirait un peu la scène de la belle au bois dormant
Qui a attendu 45 ans pour se réveiller de son châtiment
Et qui finit par en sortir grâce au baiser du prince
Peut-être
Et je m'en fous
Parce que je sais au fond que Daniel n'a été qu'un passeur pour me révéler à moi-même
Que c'est avant tout un cadeau que je me suis fait
Pour célébrer mon courage
Parce qu'avant ça, je ne suis pas restée en étoile de mer, passive, à attendre qu'un sapiens sapiens doté d'un pénis - si princier qu'il soit - me sauve
Depuis des mois, je retrouve mon corps, je fais du sport, je sniffe tout ce qui passe à ma portée pour vibrer à nouveau, je lis, j'écoute des podcasts sur les rapports de genre, l'emprise, l'inceste, la volonté de changer, la poésie du vivant
J'essaye de trouver les mots justes pour continuer à écrire à un détenu qui a violé sa belle-fille de ses 8 à ses 16 ans, je n'y parviens pas et continue d'y croire malgré tout,
A côté, pour la gamine et pour nous toutes, je tente de me faire du bien, d'apaiser mes propres souffrances
En deux mots, je guéris
Je pâtisse tendrement
Un gâteau d'amour pour soi
A coup de douceur chantilly et de pardon chocolat
Sur lequel Daniel a été la cerise
Rouge baiser
Grâce à tout cela
Et grâce à lui
Pour la première fois, j'ai rencontré aujourd'hui la belle femme que je suis
Amochée, fatiguée et ridée mais si tendre, sensuelle et remplie d’amour
Coucou toi, ça faisait longtemps, tu m'avais manquée
Alors je sais que dans le lot de ceux qui lisent mes aventures rocambolesques
Sommeilleront certainement des vampires en délectation d'histoires de fesses ou d'impudeur
Qui seront les premiers à me sortir
"ça ne se fait pas de parler de sa vie privée comme ça"
Oui bon à force, vous êtes habitués non ?
Le truc ne devrait même plus vous choquer
Et puis il ne s'agit pas d'histoire de fesses mais de coeur
Sans compter que les gens qui jugent ne me font plus peur
Si j'ai écrit tout ça et si vous avez lu jusqu'ici
C'est pour vous dire ceci
Mes sœurs,
Sachez-le
Nous sommes sensationnelles
Et tous les moyens sont bons pour pouvoir faire vibrer nos corps
A l'écho de leur beauté
Dans la grande danse des vierges effarouchés, des compulsives de listes désabusées, des masturbatrices à couettes, des guerrières cabossées
Et dans ce grand bal, je veux encore croire que les hommes parviendront peu à peu à nous emboiter le pas
Peut-être parce qu'au début, nous tournerons le dos à la plupart
Façon Adèle Haenel « On se lève et on se casse » de tous les endroits où l’on n’est pas respectée, entendue, acceptée
Les chiennes-caméléons, qu'on se le dise à présent, c’est pour les cons
La plupart des hommes, je suis d'accord, ne mérite même pas qu'on s'y intéresse
Mais par pitié, ne jetons pas tous les bébés blessés avec l’eau du bain
Les hommes ne sont pas tous issus du même panier de crabes
Je veux en tout cas y croire au risque de tomber dans un cynisme morbide
Et j’y crois
Parce que je les reconnais ceux qui m’aident sans contrepartie
A devenir plus forte
En mécanique, en construction, en art, en tout un tas de choses
Qui me permettent d'être fière de moi et autonome
Pitié donc pas tous à la poubelle jaune
Beaucoup oui mais pas tous
Sans ça c'est la guerre qui gagne
C'est la haine qui domine
Sans ça on revient à la case départ
De nos petits jeux de pouvoir
Après avoir fait l'amour ce matin
Je suis revenue dans le monde
Un quinqua-dégénère doté d’une grosse montre au bout du bras klaxonnait dans les embouteillages avec son SUV
J'ai récupéré mon camping-car chez un garagiste qui avait dix calendriers de femmes à poil accroché au-dessus de son établi dont deux d'entre elles qui montraient les parties intimes de leur carrosserie à tous les clients
Un groupe d'adolescents se donnait des coups dans les muscles entre eux à la pompe à essence où ils faisaient le plein de leur mob' avec lesquelles ils sont partie en roulant des mécaniques
Un agriculteur sur son tracteur déversait des produits chimiques sur la terre nue et délabrée d'un champ en bord de route
Le monde était comme je l'avais laissé
ça puait le goudron, la clope, le pétrole et la virilité
Pendant ce temps
Moi je sentais la rose
J’avais la peau douce
Et le cœur léger
Et c’est bien suffisant pour croire en la vie
Quand on vient juste d’y renaître

Linda
17-09-2025

Pour celles (et ceux) qui veulent s'offrir l'immense privilège de se faire du bien, n'hésitez pas à contacter Daniel (qui en plus d'être beau possède le même prénom que mon chanteur préféré)

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