Délicat'essence
Paroles reçues
— Isa
deuxième Rituel Éternité
Massage Eternité.
Je la sens là tout près.
Vibrante, chaude, épaisse, humide ou sèche.
Sans ponctuation.
À portée de caresses ou de main alors que mon seul souffle suffit à l’embraser.
Je pleure, je suis mue au-delà de tout.
Je n’ai aucune explication à donner.
Elle est en dehors de moi et pourtant elle m’habite.
Elle est là.
Je peux la toucher des doigts, des yeux, des sens, et pourtant elle est comme à l’extérieur, comme à côté ou aux alentours.
Au détour d’une image, d’un mot, d’une odeur, d’une couleur je l’aperçois.
Je l’entraperçois.
Qu’elle vibre ou s’en aille aussi vite qu’elle est apparue, ou qu’elle se prolonge dans un indicible plaisir.
En moi.
Jamais elle ne reste.
Ou alors dans l’endormissement qui parfois peut suivre.
Intacte de tout, de tous, de lui et de lui encore.
Des ans et des âges, des traces et des souvenirs.
Elle?
Pas d’importance à décrypter qui est « elle ».
Le sais-je moi-même ?
C’est « elle ».
C’est « elle » qui se présente à mon écriture.
C’est «elle » qui s’est présentée à ce deuxième « Massage Eternité », juste après un stage, dans le prolongement du stage.
Dans le même lieu du stage vidé des présences humaines.
Dans un même face à face que l’année passée.
Et pourtant je ne me sens pas dans le même état.
Je suis énervée, peu disponible, contrariée et pourtant confiante.
Paradoxe.
Accepter ce paradoxe.
Accepter et être acceptée dans tous mes paradoxes et toutes mes contradictions. Mes dires et contre-dires.
De toute façon au point où j’en suis.
Je suis tellement confuse dans mes propos, dans mes attentes qui n’attendent pourtant rien et ne cherchent pas de cohérence.
Soyez en assuré.e, Daniel saura trouver le fil d’Ariane et faire avec.
Pourquoi être allongée?
Ai-je choisi de l’être plus par fatigue que par choix ?
Sans doute.
Puisque rien ne m’est imposé.
Un tissu léger me recouvre.
Seulement ce doux tissu léger.
J’ai préalablement tiré deux cartes très fortes très belles et complémentaires, d’un jeu que j’ai choisi.
L’odeur est un sens qui a toujours eu beaucoup d’importance pour moi.
La fiole que ma main choisit, avec toujours cette même crainte d’être dégoûtée par la senteur, m’enveloppe et habite toutes mes cellules, ouvrant des possibles comme des caresses apaisantes, enveloppantes.
Comme des vannes.
Finalement des vagues dénudent peu à peu mon corps.
C’est tellement doux, lent.
Des ondes légères et caressantes.
Des petites bulles de rire inondent mon cœur et je me laisse aller à l’expérience.
Pourtant je sens mon corps éclaté.
Je ne comprends pas ce qui se passe.
J’ai un peu mal partout.
Aucune position ne m’est confortable.
Je ressens de la gêne, à la limite d’un dégoût qui s’ignore.
Je voudrais déjà être demain et loin.
Sans savoir où.
Incandescente, transparente, fantôme de moi-même.
Je me laisse faire comme un pantin, comme une marionnette triste, comme un guignol.
Je suis guignol.
Je suis marionnette désarticulée.
Je suis morcelée.
Et ne me rassemble pas.
Je ne me rassemble plus.
Alors comme un éclair de survie- je suis à deux doigts de demander à Daniel d’arrêter l’expérience-, une proposition entendue lors de l’entretien préalable m’effleure.
Oui.
Je peux, si je veux, être dans une Méditation Dansée.
Même dans un Massage Eternité.
Alors le doigt de Dieu tient mon poignet.
Je me laisse aller.
Je m’abandonne.
Je lâche enfin prise.
Je me rassemble.
Je m’oublie.
Je ne suis que geste répondant à d’autres gestes.
Je délaisse mes tensions, mes « à quoi bon », mes « mais que va-t-il se passer demain ou ce soir en rentrant chez moi? », devinant ce qui m’attend d’inconfortable et d’imprévu.
Je deviens lâcher prise.
Et là, je sens une étreinte au corps de l’autre, l’épousant parfaitement dans un confort inattendu.
Alors des sanglots me prennent.
Les sanglots attrapent les digues et les grains de sable de mes pensées parasites et les engloutissent.
Les bras m’enserrent.
Patients.
Fermes.
Tendres.
Je le respire.
Et j’embrasse la peau qui sent bon et a bon goût.
Je ne cherche pas à comprendre.
Je vis.
Je vis consciemment.
Je vis pleinement.
Je vis la perte et la douleur.
Je vis les fractures et la douceur.
Je vis l’absolu.
L’abandon.
L’abîme lumineux.
Oui.
L’abîme lumineux.
Dans l’ultime présence de mon expérience.
L’expérience est toujours unique.
Chaque Massage Eternité est unique.
Je ne peux dire ni me retrouver ni me renier dans les premiers mots que j’ai pu écrire au premier massage.
Et pourtant c’est moi.
Et là c’est encore moi.
Et pourtant c’est encore mon chemin.
Et pourtant c’est encore celui que je ne pensais pas vivre.
Il faut une indicible confiance pour se laisser aller dans les facettes de son cœur, de son corps, de ce qui l’a fait.
Pour n’en tirer aucune conclusion.
Juste vivre.
Laisser vivre.
C’est délicat, un témoignage.
C’est délicat, car comment enfermer le mystère dans une explication?
Ce n’est pas un témoignage.
C’est une traversée.
Une banale et unique traversée.
Où va-t-elle me déposer?
Où va-t-elle m’amener ?
Subitement, je dis à Daniel:
« Occupe-toi de ma cicatrice ».
Je crois qu’il me dit alors:
« Je suis sur ta cicatrice ».
Et il ajoute:
« Merci de me le demander ».
Là, maintenant, c’est le trou blanc.
Ah mais oui.
Des respirations hachurées, des sanglots étranglés me secouent.
Je m’étouffe.
J’ai peur.
Je me sens submergée.
Je me noie.
Des mains.
Ses mains magiques, comme des ondes, m’accompagnent.
Et comme les ondes, ma respiration les épouse dans le plein et les vibrations de vie.
Quand, d’où, est-ce que je sens un souffle chaud, divin, vivant ?
Des chatouillements légers sur ma partie intime, du moins je le crois.
Je ne sais plus
Je sais seulement que j’aime.
Et que ma cicatrice vole en éclats.
Des picotements partout dans mon bassin et dans mon ventre s’étalent.
Je suis Fleur de Lotus.
Comme la lave emportant tout sur son passage, l’immonde et le retenu se désagrègent pour ne laisser place qu’au plaisir, à l’abandon, à une infinie douceur dans le plus secret de mon corps.
Tiens.
S’il y a pourtant une seule chose que je supporte, c’est d’être touchée seulement avec les mains.
Pas autrement, là.
Quel bonheur.
Je reviens à « elle »
Qui est « elle » ?
Et qu’importe.
Elle me masse, elle m’épouse.
Je suis femme au-delà de la femme, de la mère que je suis, au-delà de l’amante, au-delà de toute saison d’âge.
Je suis .
Et mon corps avec mon âme et ses mystères s’unit, se rassemble.
Et une folle montée de gratitude me submerge.
Comment ne pas dire merci?
Comment ne pas me dire aussi merci d’avoir résisté à la tentation de fuir ?
Du stage bien sûr, mais aussi de ce Massage Éternité j’ ai retiré une force tranquille.
Un axe infaillible.
Quelque chose qui m’a permis de vivre ensuite à ce qui a ressemblé à un tsunami imprévu.
Et au creux de moi il m’arrive de revivre ces sensations.
Sacrées et charnelles.
J’en souris parfois.
Personne ne pourra me les enlever.
Et pourtant, c’était bien mal parti!
Il y aura, si Dieu le veut et si Daniel poursuit , un troisième Massage Eternité.
Parce qu’il s’appelle Éternité.
Et que je veux vivre tous mes bouts d’Éternité jusqu’à en faire partie un jour, à l’orée de ma disparition.
Voilà.
Isa juin 2026.